L'atelier de Jeanne Leblanc occupe l'arrière-cour d'un petit immeuble de la rue Lecuyer, à Saint-Ouen. Douze mètres carrés, deux tables de travail, une étagère où les pots d'assiette à dorer attendent leur usage. La feuille d'or y vient en livrets de vingt-cinq, ne se touche qu'au pinceau, et se pose dans un silence presque liturgique.
Elle a appris le métier chez un doreur du faubourg Saint-Antoine, dans les années 2000. « C'était un vieux monsieur qui parlait peu. Il regardait, il corrigeait d'un mot, il s'en allait. » Quinze ans plus tard, c'est elle qui transmet. Elle reçoit deux apprenties par an, qu'elle forme pendant dix-huit mois — le temps qu'il faut pour comprendre l'apprêt, le bol d'Arménie, le brunissoir en agate.
Les commandes arrivent surtout des marchands des Puces. Un cadre Louis XIV à reprendre, une console à redorer entièrement, un trumeau dont l'or a viré au cuivre. Le tarif est rarement discuté : Jeanne propose un prix, le marchand l'accepte ou refuse, mais rien ne se négocie. « La feuille d'or coûte ce qu'elle coûte. Mon temps aussi. »
À la question de l'avenir du métier, elle hausse les épaules. Il y aura toujours des cadres, dit-elle. Et tant qu'il y aura des cadres, il faudra des mains pour y poser la lumière.
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